Susie Cheetham au sujet de la maternité et de la course

À l'occasion de la fête des mères, nous avons discuté avec la triathlète Cervélo suisse Susie Cheetham au sujet des difficultés d'une carrière professionnelle lorsqu'on est aussi parent.

Texte et images par Susie Cheetham

1. Dans quelle mesure votre entraînement a-t-il changé durant votre grossesse et après la naissance de votre premier enfant ?

Durant la grossesse, l'entraînement était bien différent de mon entraînement ordinaire. Je pense que le fait d'être enceinte m'a permis de me rendre compte qu'en tant qu'athlète professionnelle, les cinq dernières années de ma carrière ont été plutôt robotiques ! C'est-à-dire que je m'entraînais environ 30 heures par semaine et que je savais exactement comment mon corps répondrait.  Je savais qu'en m'entraînant d'une certaine façon pendant une période déterminée, je connaîtrais ma forme et je saurais si je suis prête pour la compétition ou non.

Ensuite, la grossesse a tout changé. Il y a eu des bons jours où je m'entraînais et j'avais l'impression d'être invincible, mais il y a aussi eu d'autres jours durant lesquels j'étais plus fatiguée que jamais et j'avais la nausée ! Je pouvais rouler des kilomètres un jour et avoir du mal à quitter le canapé le lendemain. À partir du 4e mois de la grossesse, j'abordais l'entraînement au jour le jour, sans trop m'en vouloir si je n'arrivais pas à accomplir ce que je faisais auparavant (c'était un grand pas, car les athlètes professionnels sont bien souvent très durs avec eux-mêmes). J'aimais rester aussi active que possible, mais sans trop m'en faire au sujet des mauvais jours !

Maintenant, après 3 mois d'entraînement, je suis épatée par le potentiel du corps humain. Après 9 mois de transformation et de contraintes, il se remet assez rapidement quand on le traite bien.  Je suis de retour à 100 % pour l'entraînement de la nage et du cyclisme et j'augmente petit à petit la course.  Cela m'a permis de prendre du recul, d'analyser mes points faibles et de les corriger avant de totalement reprendre l'entraînement et la compétition.

 

2. En quoi avez-vous modifié votre routine ?

J'ai beaucoup de chance car mon mari a pris une année de congé afin de me permettre de m'entraîner et de reprendre la compétition.  Ma routine est donc assez comparable à celle d'avant l'arrivée du bébé.  Durant les premiers mois, l'important, c'était le bébé et notre lien, il occupait alors 100 % de mon attention et j'ai beaucoup aimé ça.  Je suis contente de pouvoir réintégrer mon entraînement dans notre routine, mais si je pouvais changer quoi que ce soit, j'ajouterais quelques heures à la journée afin de pouvoir m'entraîner, passer plus de temps avec Henry et dormir plus !

 

3. Avez-vous dû vous adapter à des changements mentaux et physiologiques ?

Quand on a un bébé, les changements physiologiques sont énormes. C'est un changement de taille pour le corps de n'importe quelle femme, mais quand on ajoute l'entraînement, il y a encore plus de défis à surmonter. Les changements sont positifs et négatifs.  Commençons par le positif : après la grossesse, les scientifiques pensent qu'un changement positif des hormones peut être bénéfique pour l'endurance. J'espère que les restrictions relatives au COVID seront bientôt levées afin de pouvoir en profiter ! En matière de performance, j'ai dû faire particulièrement attention à certains éléments.  Par exemple, après l'accouchement, et jusqu'à la fin de l'allaitement, le corps produit un haut niveau de relaxine, une hormone qui ramollit les ligaments.  Cela vous rend particulièrement susceptible aux blessures, j'ai donc diminué les charges à la salle.

Je qualifierais les changements mentaux après l'accouchement d'intéressants. Je suis passée de « impossible de m'entraîner maintenant », à « j'ai hâte de m'entraîner », à l'euphorie de m'y remettre.  Cependant, alors que je me rapproche de mon niveau d'entraînement normal, je ressens clairement un conflit entre mes priorités.  J'ai du mal à laisser Henry à la maison, nous avons donc instauré un jour de repos hebdomadaire, durant lequel je ne fais que nager afin de pouvoir passer beaucoup de temps avec lui.  Et qui sait, de tels changements peuvent avoir des bienfaits pour la performance !

Susie Cheetham, maternité et triathlon professionnel
Susie Cheetham, maternité et triathlon professionnel
Susie Cheetham, maternité et triathlon professionnel

4. Avez-vous des remarques concernant le fait d'être mère et athlète professionnelle ?

Avoir une famille, ça change véritablement votre point de vue. Bien que ma carrière soit toujours extrêmement importante à mes yeux, je sens déjà que ma motivation a changé pour passer du désir de battre une certaine personne ou de remporter une certaine épreuve au souhait de faire la fierté d'Henry et de ma famille.  Cette étape m'a révélé que les accomplissements sportifs ne sont pas éternels, et que ce qui compte vraiment, c'est que votre famille et vous pouviez tirer des leçons de votre parcours. Cependant, détrompez-vous, j'ai bien toujours envie de battre cette certaine personne et de remporter cette épreuve !

  

5. Qu'est-ce que vous aimeriez voir davantage en tant qu'athlète et mère au sein du monde du triathlon ? Il y a-t-il des informations qui n'existaient pas ou qui étaient difficiles à trouver ?

J'ai de la chance car j'entame cette nouvelle période juste au moment où la PTO fait beaucoup de choses pour soutenir les mamans et les parents.  Quand je me suis mise à ce sport, je n'aurais jamais pensé que je recevrais un jour des paiements et des primes annuelles tout en bénéficiant d'un classement figé durant ma période d'interruption ! Ces mesures et la chance de faire partie d'une famille à deux revenus ont très certainement simplifié notre situation, et je respecte vraiment les autres mères, les parents et les athlètes en général de notre sport qui n'ont pas cette chance. À vrai dire, c'est cette appréciation durant ma période de pause qui nous a encouragés à en faire davantage pour soutenir la communauté d'un sport qui peut être difficile à aborder.  Nous préparons un projet au sujet duquel nous espérons en dire plus bientôt !